Franklyn Avenue, Brooklyn. Douze minutes après le rendez-vous de 11 h. J’ai oublié de dire comment je serais habillé, mais Brian Jackson mise un jeton sur la seule case blanche des environs et gagne. Aussi pressés de se poser que deux types qui ne se connaissent pas, on entre dans le premier café-restau en vue. L’air est gras, les nappes cirées datent de Larry Bird et la radio parle espagnol, comme les deux vieux assis au comptoir.
La musique des 70′s doit pas mal au type en face de moi, et pourtant, toute la reconnaissance ou presque est allée à son ex-partenaire, Gil Scott-Heron. Son nom est en gros sur les pochettes, aussi gros que celui de l’autre, mais personne ne l’appelle « parrain du hip-hop », ou « grand artiste contestataire ». D’ailleurs personne ne l’appelle, tout court.
Assis au fond et à l’écart, mon client parle doucement mais en détails. Des endroits, des amis, un feeling : les souvenirs reviennent de loin, des fois on dirait même qu’il les découvre en même temps que moi. Comme s’il fallait prendre le moins de place possible, il garde la voix basse, juste assez audible pour couvrir le bruit du poste et encore, je dois froncer les sourcils pour tirer ses mots jusqu’à moi.
Contrairement à son ancien collègue, Brian Jackson n’a pas l’air d’un vestige de lui-même. Pas de rides au front – apparement pas de soucis, quelques cheveux gris sur les tempes, et le coin des lèvres usés par une tendance à rigoler pas mal pendant les conversations. Pas le rire showbiz ou les démonstrations sonores des comédies barbershop, plutôt celui du type qui préfère s’amuser de ce qui l’inquiète, prêt à tous les bons mots pour éviter de plomber une conversation.
EN PASSANT DANS LE COULOIR…
Quelle est l’histoire de Black and Blues, votre premier groupe ? C’était le noyau du futur Midnight Band, avec lequel on a tourné pendant les 70′s. Gil était à l’Université Lincoln depuis un an quand je suis arrivé. Lui et Victor Brown – qui joue sur nos premiers albums- avaient décidé de participer à un talent show, mais ils voulaient jouer « God bless The Child » en reprenant l’arrangement de Blood, Sweet and Tears. A l’époque, Gil savait un peu jouer du piano, mais pas des choses aussi élaborées. Donc Brown part à la recherche d’un pianiste et c’est comme ça qu’il tombe sur moi, par hasard. En passant dans un couloir, il m’entend jouer dans une des salles de musique… il entre et me demande si je veux bien faire le concert avec lui. « Bien sûr », j’ai dit. On pousse un peu la discussion et il me parle d’un copain qui a écrit une chanson pour lui, il dit qu’il faudrait que je le rencontre… On s’est mis à sérieusement répéter et un jour un type est entré. C’était Gil. Il s’installe au piano et il nous joue son morceau, « Where Can a Man Find Peace »… Une belle chanson que, bizarremment, on n’a jamais enregistrée par la suite… J’écoutais attentivement ses paroles, « Lies » a suivi, puis d’autres chansons… je me suis dit « merde, ce mec est vraiment un super parolier, il a juste besoin d’un type qui sait jouer ! »… Ensuite j’ai pris sa place et joué quelques morceaux que j’avais composé moi-même, et là je pense que il s’est dit « waou, ce mec sait vraiment jouer, il a juste besoin d’un mec qui sait chanter » (rires). Quand j’ai terminé, on s’est posé tous les deux et on a commencé à écrire d’autres chansons, et finalement ce sont celles-là qu’on a joué pour le concours. La première qu’on a écrit ce jour-là est « A Toast To the People », qu’on retrouvera sur l’album « From South Africa To South Carolina », pratiquement telle qu’on l’avait jouée au concours. On a fini second ce jour-là…
Qui a gagné ? Un mec appelé Jesse McFarlin… Quelques années plus tard, il a chanté dans les Manhattans… Un bon groupe… Mais on n’avait pas trop les boules, parce qu’à l’époque, les mecs de la fac avaient une sale habitude : s’ils n’aimaient pas ton show, ils balancaient des pennies sur la scène (rires). Tout ce à quoi je pensais en jouant, c’est « pourvu que je n’entende pas ce cling ! pendant le set », et on s’en est sorti… Ce jour-là, on a rencontré plein de gens avec qui on allait bien s’entendre par la suite, des gens qui avaient envie de la même musique que nous, comme David Barnes, qui jouera sur « Small Talk at 125th and Lennox », le premier album de Gil, et aussi Leon Clock, un bassiste du New-Jersey. On a commencé à faire des concerts à droite à gauche, les gens se passaient le mot… A l’époque j’avais deux autres groupes : une formation de jazz, avec laquelle on jouait des trucs d’avant-garde à la Miles Davis, John Coltrane, et un groupe plus pop, avec lequel on jouait les 40 premiers tubes du Top R’n'B dans les mariages, pour les soirées dansantes, etc. Quand on a quitté l’école, chacun à repris sa route et j’ai continué à écrire pour le seul groupe dans lequel j’allais rester. Gil a eu contrat avec Flying Dutchman, le label de Robert Thiele, pour faire un album de Spoken Word. Thiele était un producteur très respecté à l’époque, il avait sorti les meilleurs albums d’avant-garde quand il bossait chez Impulse: Archie Shepp, John Coltrane…
Ce premier album s’est donc fait sans vous. Gil a été direct avec Thiele : il lui a dit qu’il voulait aussi qu’on sorte des albums de musique lui et moi. Bob a dit qu’il nous produirait à condition que l’album de poésie se vende bien. C’est ce qui s’est passé alors nous a rencardé pour voir ce qu’on avait en tête. Il avait un piano dans son bureau, comme à l’époque du Tin Pan Alley, et il avait arrangé l’endroit pour qu’on joue nos morceaux. Après nous avoir écouté, il a juste dit « Ok. Vous voulez qui pour l’album ? » (rires) Pris de court, Gil s’est retourné vers moi, et j’ai lancé « on veut Ron Carter, Elvin Jones , Wayne Shorter, Hubert Laws… », bref : tous les mecs qu’on écoutait à l’époque ! (rires). Deux semaines après, le téléphone sonne « je peux avoir Bernard Purdie, Ron Carter, et Hubert Laws ». Pour la guitare, on avait déjà un de mes copains de lycée, Burt Jones, qui était leader du groupe de reprises dans lequel je jouais. C’est le meilleur guitariste que j’ai jamais connu, on a pas mal travaillé avec lui par la suite… La dernière fois que je l’ai vu, il bossait dans le groupe de Saturday Night Live . J’ai perdu sa trace depuis, je demande à tout le monde mais personne ne sait où il est, j’espère qu’il va bien… Bref : Gil et moi on avait composé la totalité de « Pieces of a Man », c’était incroyable d’entendre ces légendes vivantes jouer nos morceaux… Pour finir, cet album aussi a bien marché alors on en a fait un autre, lequel a achevé notre contrat de trois sorties pour Bob Thiele. Alors on s’est dit « Bon. On a vu ce mec produire, et franchement, ça n’a pas l’air si compliqué que ça » (rires). Le plus dur, c’est quand même d’écrire les chansons, pas vrai ? (rires) Alors on a investi un peu d’argent pour booker un studio dans le Maryland, près de Washington DC. On a enregistré quelques titres, et puis en les réécoutant en boucle (il grimace), on s’est rendu à l’évidence que ce qu’on sortait Gil et moi sonnait… comment dire… comme de la musique de grands dépressifs (rires). On savait qu’il fallait tout recommencer alors on a invité nos copains de Lincoln University, histoire de s’amuser un peu. On a gardé quelques titres en duo, et on en a rejoué d’autres avec nos potes. Un titre en particulier a énormément bénéficié de cette relecture : il s’agit de « The Bottle ». Sans que je sache vraiment pourquoi, les gens ont vraiment accroché sur ce disque, en particulier à New York… D’ailleurs ma mère m’a appellé un jour « je marchais dans la rue et en passant devant un magasin de disque, j’ai entendu qu’ils jouaient ta chanson à fond ! » (rires)… Ca me tue de penser quand dans des boites du monde entier, le public ne laisse pas le deejay rentrer chez lui tant qu’il n’a pas joué ce morceau…
Comment est venue l’idée de cette chanson ? Quand on habitait à Washington, on avait remarqué le queue devant la boutique du marchand de spiritueux en bas de chez nous. Les gens qui passaient leur journée devant cette magasin, avec tout le cirque et le drame que ça implique… Il est arrivé tellement d’histoires dans cette rue qu’il fallait qu’on écrive là-dessus.
C’était dans quel quartier de DC ? A Logan Circle… Ce qui est intéressant à DC, c’est que la ville est faite de cercles successifs… Logan était un général de la guerre de Cessession, son grand ennemi était Graham, un général lui aussi, qui deviendrait président par la suite. Grâce à ses relations, Graham a fait construire un statue de lui-même, posée pile en face de la maison de Logan, pour le faire chier (rires), j’aime bien cette histoire…(les premiers clients de midi arrive et la serveuse met la radio à fond) Dis, c’est pas un peu le bordel ici (rires) ? Je connais un bon coin, on peut prendre ma bagnole, c’est à cinq minutes d’ici.
LA POLITIQUE EN VOLVO
En sortant on jette quand même un coup d’oeil aux cantines alentours… Brian s’avance vers un café et fait brusquement demi-tour. A cause du poster de Barack Obama ?
Il rit de bon coeur mais n’enchaîne pas. J’aborderais pas ce sujet avec n’importe qui, mais en l’occurence, politique et peau noire sont au coeur de l’oeuvre du mec qui m’ouvre la portière gauche de sa caisse. Une Volvo grise, flambant vieille.
-Vous suivez les élections ?
-Je les suis… puis je les laisse tranquille.
A vrai dire, je ne serais pas déçu si Brian s’en tapait complètement. Etre passé de « pouvoir au peuple » à la lutte pour les Nike neuves et le pouvoir d’achat, y a de quoi être fâché avec l’engagement.
-J’y ai cru trop longtemps pour me faire attraper une dernière fois… Et de toute façon, tout ce qui va dans l’intérêt des grosses boites (Corporate America) a déjà été validé par le Parlement. Comment le pays pourrait nous revenir après tout ça ?
Ca, je peux comprendre. Je me suis aussi fait braquer mon pays par des voyous à cravatte. C’était en mai 2007. Quelques jours avant l’attaque, un mort résumait la règle du jeu depuis les archives télé : « Celui qui gagne les élections est le héros crédible de l’Histoire », ou un truc dans le genre… Finalement, peu importe que le plan fonctionne ou même qu’il existe, on a juste envie d’un sauveur à qui tout abandonner.
Brian Jackson n’est peut-être pas coutumier des citations de Mitterand (celle-là était la seule que je connais avec « c’est branché ») mais il le rejoint au moins à mi-chemin : un président qui donnerait aux gens l’impression qu’ils existent, ça serait déjà une grande chose. On a trop longtemps été des étrangers dans notre propre pays, surtout dernièrement… finalement j’ai la tête dure : je n’arrive pas à m’en foutre, j’ai toujours un peu d’espoir au fond de moi…
Avec le recul, comment vous définiriez le combat que vous avez entamé au début des 70′s ? Je ne sais pas si on était vraiment en lutte (rires), mais on essayait de s’émanciper, d’aller vers plus d’égalité… Dans les 70’s, Washington comptait un million d’habitants noirs et pas un seul représentant municipal. Même chose au Sénat et au Capitole : c’était comme si on n’existait pas dans ce pays, c’était injuste… Beaucoup de choses semblaient injustes alors, et il nous semblaient logique de résoudre ça tous ensemble, plutôt de jouer sur les clivages de race, de sexe, de religion, d’orientation sexuelle… On voulait que toutes ces distinctions sont moins présentes à l’esprit des gens et… à l’évidence, on s’est planté (rires). De toute façon, le changement commence toujours par soi, avant de se produire dans la société. C’est ce combat le plus dur : essayer d’incarner l’évolution que tu proposes au monde. Toi puis à ta famille, tes enfants : c’est seulement comme ça que les choses bougent, je crois…
Vous avez 20 ans en 1970, Malcolm X et Martin Luther King viennent d’être assassinnés. J’imagine que le climat était tendu… Les 70’s ont été une période de grande déception. On avait accumulé tellement d’espoir dans les 60’s : on sentait le vent du changement, on était sur le point d’y arriver…. Mais le changement qui est arrivé était à l’opposé de celui attendu, c’était le grand retour de l’intolérance, la faillitte du droit des individus de penser et de s’exprimer. Beaucoup de gens étaient au courant mais ils préfèraient faire l’autruche. Le but de notre musique était de les maintenir en éveil, de leur rappeler ce qu’ils venaient de perdre…
Vous en parlez comme si la bataille était déjà perdue à l’époque, le film terminé. Le dernier grand mouvement de lutte fut celui contre la guerre du Vietnam. Et on peut dire que la dernière once d’espoir a été liquidée quand l’armée a tiré sur les étudiants de Kent State University, dans l’Ohio… Ajoute à ça les violentes émeutes de la convention nationale démocrate et l’élection de Richard Nixon : oui, c’était bien terminé. C’est là qu’on s’est dit “ok, on veut quelque chose pour ce pays, mais apparemment on est les seuls”. Entre nous, on était d’accord, mais le reste du pays voulait le contraire de ce qu’on réclamait. Et surtout, on n’était pas plus nombreux à l’arrivée qu’au départ, donc à l’évidence, on ne faisait que prêcher à des convaincus… Je sais que j’ai l’air sinistre en disant ça, mais d’un autre côté, les enfants nés dans les 70’s ont intégré une partie de nos messages et les font vivre aujroud’hui dans leur propre génération. Tout n’est pas perdu.
A l’époque, la musique et les gens étaient plus concernés par la politique et l’engagement. Aujourd’hui on a l’esprit ailleurs. On n’a plus le temps, je crois. Il faut déjà beaucoup de concentration pour survivre, et arriver à vivre dans le confort demande encore plus de temps et d’effort. Il reste très peu de temps pour observer ce qui se passe et y réfléchir. Ajoute à ça l’incroyable énergie déployée par les médias pour investiger des sujets tels que les mésaventures de Britney Spears, combien de putes le gouverneur s’est-il tapées… On n’a vraiment plus l’espace mental nécessaire pour se concentrer sur quelque chose de vrai, de sérieux. Plus que de l’indifférence aux problèmes des autres, c’est ça le souci. Pour en revenir à la musique, je crois qu’on est désormais tous assez au courant de ce qui se passe, alors le problème n’est pas tellement de pointer les choses du doigt, de dénoncer ce qu’on sait déjà : il s’agit plus de soulager, d’aider les gens à survivre, à finir la journée. Pas de leur casser la tête à coup de messages.
La suédoise de 83 s’arrête à Park Slope, un quartier de Brooklyn où les serveuses et les tasses à café sont bien plus jolies que sur Franklyn Avenue. Au café du Cousin John’s, Brian commande une omelette aux champignons et moi un crumble triple XL. On s’en fout ? La suite :
Au fait, vous êtes de Brooklyn, pourquoi aller étudier en Pennsylvanie ? Lincoln Univeristy a une grande histoire. Plus je me renseignais, et plus cette fac me plaisait. La raison principale, c’est que Langston Hugues, un de mes héros, a étudié là-bas. Plus tard j’apprendais que Gil a choisi cette fac pour la même raison. Kwamé Nkrumah a également été à cette fac avant nous, l’idée d’être sur les mêmes bancs qu’eux me travaillait…
Qui est Langston Hugues ? Un écrivain et un poète. Si tu le lis, y a de grande chances pour que ça te plaise, il y a pas mal de similitudes avec ce qu’a écrit Gil. C’était un poète de la renaissance de Harlem, il a écrit « Something in Common », faudrait vraiment que tu lises ça… je pense en particulier à un petit poème appelé « A Dream Keeper »… Si tu pouvais le mettre en note dans cet article, ça serait… j’apprécierais beaucoup . C’est très court, très puissant.
Ok, je vais lire ça… Gil aussi a écrit des romans. « Le Vautour » a été écrit juste après la fac, non ? Non, pendant. Gil l’avait déjà commencé quand je suis arrivé, je me rappelle avoir pas mal de passage, de versions différentes… Il était très sérieux au sujet de ce livre, il a énormément bossé. C’était dingue de voir un mec de 19 ans décrire aussi justement les rapports humains, leur dynamique… Certains ont voulu le faire passer pour un poète en colère, un type aigre, mais ce n’est pas ce que j’ai vu en lui, je trouve ce livre fidèle à la vie et aux sentiments qu’on peut avoir…
A 19 ans il était déjà le vrai Gil Scott-Heron, celui qu’on connait ? Complétement. Tout le package (rires). A 21 ans il avait déjà écrit « Home is where the Hatred Is », « Speed Kills », « Lady Day and John Coltrane », donc oui, c’était fascinant… l’idée de participer à ça, d’aider à développer la qualité de la culture, de faire une musique qui captive, dont tu écoutes vraiment les paroles, c’était excitant…
PENDANT QU’ON EST ENCORE LA
Beaucoup parlent de Gil comme étant un des parrains du rap… Pourtant, c’est bien possible que les premiers rappeurs n’aient jamais entendu parler de votre musique… (Rires) C’est plutôt vrai je pense, le premier rappeur n’a certainement jamais entendu parler de Gil… En même temps, le rap au sens large existait déjà dans les années 50, avec la musique d’Ed Jefferson, de John Edwards, qui était très similaire à ce qu’on a plus tard appelé rap…et puis il y a eu les Last poets, Askia Touré… Langston Hugues a aussi fait de la poésie sur de la musique… C’est évidement difficile de dire qui a fait partie de quoi, mais je crois que les gens nous associent au rap parce qu’on parlait de nos expériences propres, des problèmes de l’époque… En plus on a débarqué dans les années 70, et la musique de cette époque a connu un second souffle, il y a même tout un pan du Hip Hop qui s’est basé là-dessus, donc oui, il y a une connexion entre nous et le rap.
D’ailleurs avant de commencer l’interview, vous citiez Saigon, j’étais surpris que vous connaissiez. Franchement, j’ignorais l’existance de la plupart des nouveaux mecs jusqu’ à peu. J’ai des amis plus jeunes qui m’ont dit que j’avais été samplé pas des rappeurs, alors par curiosité j’ai cherché et j’ai vu qu’il y en avait pas mal ! Tupac, Queen Latifah, Warren G, Mos Def et Talib Kweli… plus récemment Common et Kanye West… Bref, au bout d’un moment, j’ai commencé à apprécier le rap en lui-même et je me suis demandé ce que je pouvais apporter à cette génération, grâce à mon expérience… Ca marche comme ça : tout ce que je sais, je l’ai appris des générations prédentes. Des gens comme Ron Carter ou Hubert Laws nous ont généreusement montré la voie au début de notre carrière, c’est normal de vouloir faire pareil avec les gens du Hip Hop. C’est mon tour.
En parlant de Carter et Laws, ça ne les faisait pas chier d’être bookés pour accompagner des gamins de 20 ans ? Personnellement, je crevais de trouille à l’idée de jouer avec eux ! Je ne sais même pas comment j’ai fait pour terminer cette session (rires)… Mais bon, je croyais en ma musique et je savais ce que je faisais, donc il y n’y avait pas de raison que ça se passe mal… ils m’ont quand même testé à une ou deux reprises (sourire), pour voir si je savais vraiment ce dont je parlais, mais à partir du moment où il ont compris, ils m’ont fait confiance et un respect mutuel s’est instauré… J’ai croisé Ron il y a deux ans et je l’ai remercié de m’avoir reconnu en tant qu’artiste. C’est un peu le rôle des anciens : valider la musique de leurs successeurs. C’est ce qu’ils ont fait en jouant avec nous, en y mettant tout leur coeur et toute leur âme… ils avaient l’âge que j’ai aujourd’hui, et comme eux, je ne suis pas un mercenaire qui se dit « voilà ce qui marche en ce moment, faut que je prenne le train en marche !« . J’essaye de comprendre la progression de la musique : avant moi, pendant, et après…
Gil a été invité par Talib Kweli, les Blackalicious, mais c’est sans doute plus pour son côté « icône » que pour sa musique… De votre côté, vous sentez les jeunes disposés à recevoir ce que vous avez à transmettre ? J’ai travaillé avec Pete Miser, tu connais ?
Non. J’ai juste lu son nom en préparant l’interview. C’est un bon artiste… J’ai aussi eu la chance de faire un remix de « The People », sur l’album de Common, je ne sais pas si tu l’as entendu, c’est sur mon myspace… Dans quelques jours, je rencontre les Nubians, dans le but bosser ensemble… J’ai aussi travaillé avec Ladybug Mecca, de Digable Planets, on a tourné un an avec eux… D’ailleurs la première fois que j’ai entendu ce groupe, j’ai compris qu’ils étaient l’évolution de notre musique, qu’ils jouaient ce qu’on jouerait si on faisait encore partie de la scène. Nous sommes tous la continuité du griot, du mec qui a des choses à dire…
Vos rappeurs préférés ? C’est dur à dire, y a plein de chansons que j’aime sans savoir qui les a faites… J’ai toujours été un grand fan de Dead Prez, et j’aime pas mal ce qu’a fait Common au fil des années… c’est dur de citer des noms, à froid… ah oui : Jay-Z est un autre rappeur que j’aime beaucoup ! Le dernier album de Common, « Finding Forever », est très beau, mais j’ai pas l’impression qu’il se soit vraiment vendu…
700 000 copies, je crois… C’est rien ! Le business des CD’s est mort de toute façon, les gens veulent voir la musique autant qu’ils veulent l’entendre, d’où le succès de youtube… Les artistes ont intérêt à repenser le concept de leur business, comment gagner leur avec la musique… L’autre grand changement – favorable à des gens comme moi -, c’est qu’un public de plus en plus large veut voir des musiciens jouer en live. Un exemple : en tournée avec Digable Planets, on faisait deux titres en live avec eux pour faire la transition entre notre set et le leur. On a vite vu que le public préférait notre set commun au set sans nous, du coup on les accompagné sur tout leur set et là le show est devenu dingue, les gens partaient fatigués et heureux…
C’est cool, vous avez mis leur deejay au chômage (rires)… Pour en revenir à Blackstar, ils ont samplé le même titre que Common… … Oui, mais je demande pourquoi ils se contentent de me sampler : s’ils aiment tellement ce genre de sons, ils peuvent très bien m’appeler et me demander de leur jouer un truc dans le genre ! En plus c’est tellement compliqué de déclarer les samples de nos jours… Je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi ils ne font pas cette démarche, s’ils ignorent que c’est possible ou s’ils s’en foutent… Ils devraient quand même y penser, tant qu’on est en vie ! J’ai 55 ans, Roy Ayers a 65 ans !
Je vais te raconter un truc : un jour j’étais en studio avec un mec d’un trentaine d’année, et il m’a dit (il prend un air embarassé, presque inquiet) : « je voudrais utiliser « Free » de Denise Williams, mais je n’arrive pas à obtenir les droits pour le sample… est-ce que tu pourrais jouer un truc avec un feeling 70′s ? » (rires). Alors je lui réponds (ironique) « Hmmm… Laisse-moi réfléchir…Oui ! Je crois que je peux ! En plus je viens de me rappeler qu’à l’époque, j’étais là ! » (rires). Sans mentir : j’aime vraiment entendre des chansons faites avec des samples de ma musique, mais ce que j’aime encore plus, c’est jouer de la musique ! Je joue la même musique qu’à l’époque, à un détail près : j’ai encore progressé…
Je voudrais revenir sur » We Almost Lost Detroit »… L’idée est venue d’un livre du même nom qui racontait comment la population de Detroit a failli être rayée de la carte par une catastrophe nucléaire. Un réacteur de la centrale de Three Mile a failli fondre et les dégats auraient pu être incroyables. C’est une histoire vraie, le public n’a jamais été au courant jusqu’à la publication de ce livre de John Hunter. On a frolé Tchernobyl et les autorités ont gardé un silence complet là-dessus, et elles ont continué a developpé des sites de ce type sans considérer les risques que ça représentait, du coup on a refait un titre sur ça, « Shut Um Down »…
Musicalement, c’est aussi un titre fascinant. Vous pouvez raconter sa conception ? Je discutais avec Gil, on échangeait sur des sujets divers, et ça m’a donné l’idée d’une chanson. On est allé en studio, j’ai fini par trouver le bon arrangement et Gil s’est mis à écrire. Il te dirait la même chose : à chaque fois, on commencait par la musique, et les paroles venaient ensuite. Le feeling de la chanson donnait le concept directeur. C’est pour ça que c’est balèze : la musique atteint ton cerveau dans des zones que les mots ne touchent pas, et ensuite, les mots te viennent d’eux-mêmes. On dit que les mots vont à l’esprit, et que les notes s’adressent à l’âme. Je suis assez d’accord avec ça, même si parfois les mots peuvent toucher l’âme, comme avec la poésie… Ce titre a été enregistré à Santa Monica, dans le studio de Malcolm Cecil. C’est lui qui a mixé cet album, « Bridges ». Tu vois la pochette de « 1980″ ? On nous voit devant une énorme machine… et bien, ce gros machin, c’est un synthé ! Malcolm l’a inventé, ça s’appelle le TONTO, son studio a le même nom. C’est là que Stevie Wonder a enregistré « Talking Book ». On a essayé de jouer ce morceau avec une basse classique mais ça ne nous plaisait pas trop, alors on est allé dans cette pièce où Malcolm stockait cette grosse machine et un million de branchements. On a essayé plein de combinaisons et on a fini par trouver celle avec lequel on a joué ce morceau… On a utilisé le TONTO sur deux autres albums : “1980” et “Secrets”.
Un autre bon morceau de Bridges, c’est « Racetrack in France ». C’était la première fois qu’on jouait de l’autre côté de l’Atlantique… c’était en 1976. ca se passait près de Marseille, sur un circuit automobile dont j’ai oublié le nom, je crois que ça a fermé depuis… (il cherche le nom) Ca me tracasse, laisse-moi appeler un ami à Marseille, je vais lui demander le nom de la piste… (il est 13 h à NY, soit 7 h du mat’ en France)… Jean-Paul Ricard !
Ah oui, Le Castellet. Oui, il y avait un gros festival sur le site du circuit, et l’expérience nous a tellement marqué qu’il a fallu qu’on en fasse une chanson… Ce qui m’a le plus choqué, c’est de voir des noirs parler français ! (rires) Des vrais noirs d’Afrique ! Alors que jusque là, j’avais toujours vu les noirs parler anglais, c’était étrange… C’était la première fois qu’on voyait des frères africains…
Votre famille a toujours été à New York ? Je suis de Brooklyn, mes deux parents sont de New-York. Ils vivaient à Harlem et sont allés à la fac là-bas, puis ils se sont mariés et sont venus vivre à Brooklyn. Je suis moi-même né à l’hopital juif de Brooklyn. On a habité à Bedford-Stuyvesant trois ans puis on a bougé à Flatbush. On avait une petite maison juste en face d’un gros entrepôt Sears (un équivalent US de La Redoute). L’été il y avait des concours de beauté pour chiens dans le parc d’à côté, fallait pas rater ça, c’était trop marrant… Mes parents ont divorcé quand j’avais cinq ans et je suis parti vivre à Crown Heights, pendant dix ans. Ensuite je suis allé à l’école ailleurs, et en revenant de la fac, je suis revenu à Brooklyn, puis à Baltimore, et j’ai vécu un temps en Califorinie à la fin des 70′s…
Vous étiez en Californie pour la musique ? Oui, et aussi parce que j’avais épousé un femme de là-bas. On s’est rencontré à Oakland et je trouvais ce coin tellement génial qu’on s’est installé là-bas, mais au bout d’un an elle a eu le mal du pays – elle est de Los Angeles -…
C’est juste à côté ! (Rires) Oui, mais c’est très différent comme ville. Ca pourrait aussi être bien être à l’autre bout du monde tellement c’est différent. Les gens ne voient pas la vie pareil à LA, c’est un drôle de mélange de matérialisme et de frustrations liées à des rêves de show-business. Tout le monde veut en être, c’était pas ma tasse de thé. Qu’ils l’avouent ou non, ils rêvent tous de jouer dans des films, ils rêvent qu’un imprésario tombe sur eux en marchant dans la rue (rires)… Je préfére Oakland et Berkeley, c’est carrément plus laid-back… Les choses de l’esprit sont plus appréciées là-bas… J’ai quitté la région en 1981, quand j’ai intégré le groupe de Phyllis Hyman, qui était mortel – avec Gary Bartz au saxophone…-. Ca a duré un an et je suis rentré à Bed-Stuy, où je demeure encore à ce jour.
Vous étiez encore avec Gil quand vous viviez en Californie ? Oui. Lui était installé en Virginie. On était censé prendre un break pour prendre des vacances, arrêter de jouer et d’enregistrer un moment… mais j’ai découvert qu’il continuait à jouer à droite à gauche, et surtout qu’il avait recommencé à enregistrer, sans me le dire…
Pas très cool. Pas vraiment, en effet (rires). Mais bon, c’est ce qui s’est passé… Je crois que le conflit se situait entre ce qu’on jouait, et ce qu’il voulait vraiment jouer. Moi, je suis plutôt orienté Jazz, avec un gros background R’nB, tandis que Gil est plutôt intellectuel, plutôt Blues… moi j’étais très content de ce qu’on faisait, mais je crois que plus ça allait, plus il était fonciérement insatisfait de la couleur de notre répertoire. C’est du moins l’interprétation que je m’en suis fait. Donc je n’ai pas insité et je me suis mis en retrait. De son côté, Gil a interprété mon retrait différement : il était persuadé que je voulais avoir plus de contrôle sur ses paroles, sur sa propre voix…
La communication marchait plutôt mal entre vous. La communication n’était pas bonne… elle n’était pas bonne, c’est sûr. Ca nous a inévitablement conduit à la séparation… Mais 10 ans, c’est déjà pas mal pour un groupe, y en a peu qui dure aussi longtemps. On s’est bien entendu pendant tout ce temps et on a fait de belles choses, c’est déjà énorme… Le truc, c’est que dès le début, on s’était dit qu’on s’accordait le droit de bosser sur d’autres projets, à côté du groupe, mais bizaremment, je n’ai jamais trouvé le temps ou l’espace nécessaire pour faire ça… C’est pour ça que j’ai proposé de prendre un break de six mois, « je crois que je ne supporterais pas de jouer « The Bottle » une fois de plus » (rires)… A l’époque j’avais l’impression que ma créativité était en chute libre et j’avais besoin de recharger les batteries. Gil était d’accord, et puis il a changé d’avis -apparemment-… mais là où je suis un peu amer, c’est quand les gens demandaient où j’étais, il répondait que j’en avais marre de jouer, marre de faire des concerts. Mais c’est faux, et ça m’a fait une drôle de réputation…
A quand remonte la dernière fois que vous vous êtes parlés ? Quelques années. On devait faire un concert et Gil a été arrêté juste avant. Je l’ai eu deux fois au téléphone quand il était en taule. Il n’était pas très content de notre dernière conversation, et c’est la dernière fois qu’on s’est parlé. C’était il y a cinq ans.
Vous avez pas mal joué ensemble après votre première séparation, début 80’s. Oui, de 1988 à 2003… Maintenant que j’y repense, je suis allé aller le voir au SOB’s en novembre dernier, pour lui dire bonjour. C’est tout ce qu’on s’est dit d’ailleurs.
Il allait bien ? Heu… Tu sais… il y a tout un monde entre être lucide et aller vraiment bien. Disons que c’était le Gil que je connais depuis toujours.
C’est pas un scoop de dire que Gil se droguait beaucoup quand vous vous êtes séparés. A partir de quand avez-vous ressenti que la drogue devenait un problème pour le groupe ? A aucun moment. En rétrospective, je me dis que ça a peut-être joué un rôle, mais à l’époque non, je ne le pensais pas. De toute façon, on a jamais pu discuter de ça, de savoir pourquoi on s’est séparé, donc je ne peux même pas te dire. Je me suis mis en retrait pour le laisser faire son truc, plutot que d’essayer d’imposer mon point de vue. Quand j’ai compris qu’il fallait que je me batte juste pour garder la place qui avait toujours été la mienne, je suis parti… La drogue n’a pas grand chose à voir dans tout ça… Notre vie confondait la musique et l’amitié, il n’y avait aucun cloisonnement. Le lien qu’on avait trouvait sa force dans l’art qu’on partageait.
TU SAVAIS QUE PAPA JOUE SUR CE DISQUE ?
Ensuite vous avez atterri avec Kool and The Gang… Oui, au début des 80′s. D’ailleurs j’ai une histoire marrante à ce sujet : un jour, je suis allé cherché ma fille cadette à l’école, il y avait une espèce de fête là-bas… quand elle est montée dans la voiture, elle était tout excitée, elle m’a parlé d’une chanson super dont elle ne ne se rappellait plus le titre… alors je lui demande de me la chanter, et elle fait « Ce-le-brate, good times, come on ! / It’s a ce-le-bra-tion…« , alors je lui dis « hé bien, tu savais que Papa joue sur ce disque ?« , et là elle s’est décrochée la machoire (rires), elle n’en revenait pas…
Sérieux ?!? Comment vous vous êtes retrouvés sur ce disque ? (Rires) Oui, c’est vrai, c’est moi qui joue du piano électrique là-dessus… j’ai un copain de Jersey City qui était au collège avec eux, : il m’a proposé de nous mettre en contact, vu que je n’avais ni groupe ni job à ce moment-là… Donc, j’ai rencontré Kool et son frère, Ronald Bell, et j’ai été embauché… C’était un groupe de gens très talentueux, je me suis beaucoup amusé et j’ai appris un max de choses avec eux, en voyant comment ils structuraient leurs chansons, comment il peaufinaient leurs hits…
Et ensuite ? J’ai bossé avec Will Downing. Il avait déjà été produit par Arthur Baker, mais seulement sur des disques de dance music, et il voulait réorienter sa carrière. Il avait déjà écrit les chansons, il lui manquait juste la bonne musique. La première fois que je l’ai entendu chanter, j’étais épaté, on a aussitôt commencé à bosser dans mon home studio… A l’époque, j’avais un job alimentaire normal, tout comme Will, donc lui et moi on se retrouvait le soir à la maison pour travailler, jusqu’à 3 ou 4 heures du matin, et le lendemain on allait bosser avec une tête pas possible… et le soir on remettait ça ! On a bouclé l’album comme ça et on a réussi à obtenir un contrat avec Island Records (le label de Bob Marley). La sortie américaine a été plutôt discrète, mais en Angleterre, l’album a fait disque d’or en 8 semaines ! Ca a marqué le lancement de sa carrière : là-bas les gens le considérent comme l’égal de Luther Vandross et Freddie Jackson… ensuite, j’ai travaillé avec Gwen Guthrie, tu connais ? Elle a eu un hit appelé « Ain’t Nothin Going On But The Rain »… »This time Out Is Sweeter » était une autre belle chanson, elle avait du talent pour écrire et une très jolie voix… Elle est morte il y a 3 ans… On avait sorti « Hot Times » sur Warner Bros, le disque a pas mal marché et il avait été bouclé comme celui deWill, presque entièrement chez moi et finalisé dans un vrai gros studio…
Vous avez aussi travaillé avec Bobbi Humphrey… Son mari était un bon ami à nous. C’est lui qui organisait les tournées du Midnight Band. On le connaissait depuis des années et un jour j’ai découvert qu’il était marié avec elle. J’ai enregistré en studio avec elle, mais je ne saurais pas te dire quoi, c’était au milieu des 80’s… On a surtout tourné ensemble. J’ai aussi joué avec Roy Ayers, que j’ai rencontré par le biais de Greg Phillinganes, notre clavier. Il jouait aussi dans le groupe de Roy, avec qui on partageait également un batteur. De temps en temps, je dépannais Roy en tournée, et j’ai fait quelques enregistrements avec lui, sur le label Ubiquity.
Et avec Phyllis Hyman ? J’ai eu ce job grâce à un agent de booking qui s’occupait de Gil et moi. Ils ont appris 4 jours avant la tournée que Ray Cue, son clavier, allait être indisponible. Il fallait apprendre tout son répertoire en 4 jours (rires). J’ai pris l’avion depuis LA, on a fait 4 répétitions et on est parti en tournée ! Et finalement je suis resté 9 mois avec eux… Ensuite, j’ai bossé avec Reggie Lucas, le mec qui a produit et écrit “Lucky Star” pour Madonna. Lui et James Mtume formaient un duo appélé Mtume-Lucas, ils s’occupaint des productions Phyllis Hyman et Stéphanie Mills. C’est eux qui ont produit “Juicy Fruit” pour (le groupe) Mtume. Reggie Lucas faisait partie de Mtume et il avait un autre groupe appelé SunFire -j’ai d’ailleurs écrit un titre pour eux, “Step in the Line”. J’ai eu cette opportunité grâce au fait de bosser avec Phyllis, et aussi parce que j’étais pote avec James Mtume -forcément, ça aide-…
D’ailleurs un ancien voisin à vous a samplé “Juicy Fruit”… Oui, Notorious BIG… sur “Big Poppa”, c’est ça ? (Il chante) “they call me Big Poppa !” (Rires)
Merde. La cassette est terminée. Un mot pour finir ? Ben justement, je voudrais corriger un point : beaucoup de gens on écrit que Malcolm Cecil était respnsable de la « funkytude » de nos disques, alors qu’il était ingénieur. La raison por laquelle on a pris un tournant plus funky, c’est parce qu’on était de plus en plus influencé par Otis Redding, Al Green, les Bar-Kays, Earth wind and Fire… Le rôle de Malcolm était très important dans le processus de création -c’est pour ça qu’on a fini par le nommer “producteur associé”-, on se tournait vers lui pour des questions d’optimisation sonique, mais sinon on était très à cheval sur notre indépendance artistique, on n’écoutait personne, à vrai dire…. Il faut quand même se rendre compte que si un morceau est funky, c’est parce qu’on l’a écrit comme ça ! Donne-lui un morceau naze et on verra si ça devient funky ! (Rires)












